Récit Tor des GEANTS, par Nico Maure

Salut mes amis,


Tout d’abord je voulais vous dire que j’ai été particulièrement touché par vos marques de sympathie, par tous vos messages d’encouragement et de soutien…et je dois dire que vous lire pendant la course ma vraiment porté et souvent boosté. Alors encore merci.


Plutôt que de faire un CR classique qui serait aussi long que la distance parcourue, je vais plutôt aborder des thèmes qui me paraissent important :


- Arriver 3 jours avant m’a permis de repérer les lieux (départ, arrivé, site de remise des dossards etc…), de me reposer, me détendre, m’habituer à l’altitude puisque Courmayeur est à 1 250 m. J’ai pu tranquillement préparer mon sac d’allègement qui m’aura suivi dans les 7 bases de vie…et récupérer mon dossard. Discuter avec les différents coureurs que l’on croise est aussi intéressant car certains ayant déjà participé leurs conseils sont toujours à prendre…


- Le stress, la peur ? Oui, évidemment, progressivement j’en été envahi, d’autant plus que la météo n’était vraiment pas engageante (neige aux sommets, pluie, températures basses voire négatives etc..) et cette réelle impression de rentrer dans un tunnel sans en connaître l’issu…


- Le départ a été tranquille, une mise en bouche, à petite vitesse puisque nous étions 800 coureurs à attaquer le premier col tous en file dans un single, impossibilité de doubler…puis la neige a commencé à tomber. J’ai aimé, c’est mieux que la pluie…et dès la descente du col je me suis senti dans la course…c’était parti.


- Les bases de viedécisif. Ce sont les lieux qui m’ont permis de me reposer, me restaurer, me changer. Sans assistance par contre, tu gères tout seul et tu perds du temps. Dans l’ordre, je récupérais mon sac d’allègement, me trouvais une place dans un coin tranquille, me massais, me changeais, refaisais mon sac…puis passage à la case restauration, puis dodo maxi 1h00…je ne suis jamais resté plus de 2h en BV avec une assistance j’aurais pu gagner ½ heure voire 1 heure…


- Le sac d’allègement : j’avais pris trop d’affaires de rechange car au final j’ai gardé le même short pendant la course, changé de slip (oui oui), transporté mes affaires chaudes et de pluie en permanence dans mon sac de course…Important de prévoir une trousse de secours, d’automédication et de toilette ! C’était mon cas…


- Le mental : rapidement mon cerveau a commencé à ralentir, à se mettre en pause et à accepter que j’allais être là pendant un moment. Cela m’a permis clairement de n’avoir jamais une seule fois l’idée d’abandonner ou de m’arrêter longtemps. J’étais en permanence habité par l’idée d’aller au bout donc rien ne pouvait me faire renoncer. Cela ne s’explique pas.


- Les douleurs : globalement ça va. J’ai une entorse à la cheville gauche non soignée depuis avant le TPO et des douleurs récurrentes aux tendons d’Achille, j’ai l’habitude de m’entraîner avec la douleur en permanence et j’ai eu peur que cela ne passe pas sur la longueur de la course. C’est passé et cela ne s’est pas aggravé…Les quadri chauffent, c’est sur…les ampoules apparaissent au fur et à mesure. Rien de grave au final.


- Le parcours : alors là je peux dire que les montés et les descentes sont interminables, avec des portions de 3, 4 km pouvant aller jusqu’à 900 de D+, l’enfer, mais j’ai réussi à maintenir le même rythme, et mon cerveau m’a aidé à accepter chaque fois la difficulté. 
Au final, un terrain technique, qui m’a rappelé dans certains cas les sentiers de la 
réunion.

- Gestion du sommeil, hydratation et alimentation : Compte tenu du climat et l’impossibilité de faire des micro-sieste de 15 mn dehors sur les sentiers, j’ai dormi dans les BV, les CP et les refuges, jamais plus d’1h…pour au total un maximum de 8h de sommeil sur les 6 jours…trop peu et j’y reviendrais à la fin, j’en ai subis les conséquences… Concernant l’alimentation, je n’ai pas réfléchi, j’ai mangé à chaque fois, des pâtes, des soupes, du thé avec des gâteaux etc Rien à dire sur ce point, course rodée à ce niveau…et tout été délicieux…De toutes façon les distances entre les CP étant très longues, il faut manger, ne pas repartir sans, ou alors emporter quelque chose au cas où...idem pour l’eau.

 

- L’anecdote : Dernière nuit, 3h du matin, je passe le col de Malatra, col référent sur cette course puisqu’il s’agit du dernier et qu’il reste 10 bornes de descentes avant l’arrivée. Tu passes Malatra tu es finisher !! Emporter par l’euphorie toutes mes douleurs disparaissent, la fatigue s’enfuie et je commence cette descente en courant…mais malheureusement en fin de nuit la fatigue revient et je m’endors en courant, ma frontale s’éteint (je prends la seconde), je continue à m’endormir…et là c’est le trou noir pendant 2h, à me demander ce que je foutais là, totalement perdu, à distinguer au travers des arbres ou des pierres des animaux, des formes diverses et variés. Ce qui a été encore plus fou c’est que je me mettais à suivre chaque coureur afin de retrouver mon chemin puisque j’étais persuadé d’être perdu mais cela ne me convenait pas, me disant qu’ils n’allaient pas dans la bonne direction, donc je faisais demi-tour pour me remettre sur la trace (j’étais sur la bonne) …et cela a duré je pense 3 ou 4 fois jusqu’à ce que je me décide à m’asseoir, totalement désorienté. Un coureur est arrivé, nous avions fait un bout de chemin précédemment, il m’a parlé et nous avons continué 1 km vers un refuge, j’ai mangé, bu, et progressivement mon cerveau s’est rallumé…j’ai repris ma route en courant pour finir les 5 km qui me restaient, totalement lucide et conscient, pour arriver dans Courmayeur et franchir cette ligne d’arrivée.


Voilà ma course, je pourrais en parler des heures, ce fut extraordinaire !!


Un dernier point : les entraînements du TCP et les OFF que j’ai pu faire avec vous tous font partis de la clef de cette réussite. C’est sur…Alors je conclurais par un beau FORZA TCP !!!